Vers le Dimanche 23 février 2020

7ème dimanche du temps ordinaire

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Justice

Avant de nous pencher sur la série d’antithèses énumérées par Jésus, je m’arrête sur la première règle qu’il donne. Elle est de l’Ancien Testament (livres de l’Exode et du Lévitique). On en trouve un trace dans le code d’Hammurabi (texte datant de 1750 av. JC !). Communément appelée loi du talion, elle a pour fonction de réguler la vie en société, selon la logique guidant toute justice réparatrice : la proportionnalité. Et, c’est déjà pas mal, comparé au chaos que susciterait l’absence de loi. Aujourd’hui, la justice ne cherche pas autre chose : être équitable, réparer les torts de manière proportionnée. Je rends grâce pour nos institutions judiciaires, l’investissement des hommes et des femmes de loi au service de la société.

Jésus est la loi

Il vaut le coup de m’arrêter sur « eh bien ! moi, je vous dis », que je lis deux fois dans ce passage. La rupture avec ce qui précède s’inscrit en une personne, l’homme Jésus. La suite n’est pas une nouvelle règle, ou plutôt la règle qui va être énoncée est liée à ce Jésus dont l’Évangile dit qu’il « parle avec autorité et non comme les scribes ». Son enseignement n’est pas un discours, mais une parole articulée par un homme de chair, au milieu des hommes. Jésus, sois mon maître et mon ami.

Et moi, quelle logique ?

La gifle, la tunique, la marche, l’emprunt : pas besoin de prendre tous les exemples ; je choisis la situation que je suis le plus susceptible d’expérimenter moi-même. Dans quelles mesures suis-je prêt à dépasser, dans cette situation précise, la réciprocité ? Jésus m’invite à aller au-delà de cette logique de proportionnalité qui régit le monde. Sans faux-fuyant, je réfléchis en profondeur : jusqu’à quel point suis-je déjà allé, ou voudrais-je aller. Si je réalise que la réciprocité est difficile à dépasser, je ne m’en accuse pas et remets à Jésus la suite de mon chemin, confiant dans la grâce qu’Il m’accorde en surabondance.

Collectivités

Cette surabondance de grâce vient du Père qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons », alors que les hommes bâtissent leur « vivre ensemble » selon l’opposition nous/eux. Freud ne dit-il pas qu’il « est toujours possible d’unir les uns aux autres par des liens de l’amour une plus grande masse d’hommes, à la seule condition qu’il en reste assez pour recevoir les coups ». Seigneur, donne-moi de croire à la formation de communautés qui se construisent autrement que par l’exclusion mutuelle.

Perfection

Un « vous serez parfaits » termine notre passage, compréhensible aussi comme « soyez parfaits ». Parfaits comme le Père. Or, nul ne révèle le Père si ce n’est le Fils, Jésus. L’amour parfait n’est pas un idéal abstrait ; il est manifesté dans un homme qui est allé au-devant de la mort en pardonnant aux bourreaux. Seigneur, fais-moi partager les sentiments, les pensées, les joies, les peines de Jésus : donne-moi de l’imiter au plus près.

L’exemple Pierre

Le « programme » de l’Évangile est exigeant. L’appel que m’adresse Jésus est personnel ; j’y répondrai avec mes moyens. Cette réponse est articulée au corps que forment les baptisés. Aujourd’hui, l’Église célèbre la chaire de saint Pierre ; Jésus a confié à un apôtre le soin de conduire son peuple, attestant de sa confiance envers les hommes pour s’organiser. Réaliste quant aux failles de l’Église, je peux néanmoins rendre grâce pour ses institutions, chargées de répandre la Bonne Nouvelle.

De quelle sagesse voulons-nous vivre ?

Goûtons en profondeur ce que signifie être sage selon Dieu, quitte à passer pour fou aux yeux du monde. Parce qu’il trouble notre confort, nous ne savons pas que faire du message d’amour de Jésus et le rangeons dans nos bibliothèques, entre l’ésotérisme et la sagesse zen par exemple. Appelés à devenir « saints » (première lecture), « parfaits » (Évangile), nous sommes, dit saint Paul aux Corinthiens, « au Christ ». Souvenons-nous-en, dans notre Église si souvent tentée de se diviser elle-même en chapelles concurrentes, selon qu’on se reconnaisse proches d’une spiritualité, d’un mouvement, d’un évêque, tout comme nos aînés pouvaient être tentés de se revendiquer « d’Apollos ou de Pierre ».

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Chapitre 5, versets 38 à 48

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : ?il pour oeil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » © AELF